Continuer – Laurent Mauvignier

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Sybille élève seule son fils Samuel, adolescent en colère et en opposition contre sa mère, qui fait des conneries pour s’affirmer. Rien de bien nouveau. Dans (et pour) Continuer, la solution du père en déshérence, la pension, la solution de Sibylle, partir plusieurs mois avec son fils au Kirghizistan.

Ce livre m’a fait traverser des émotions diverses et mitigées. Dès le début, une réelle tension purement « kirghize » semble donner le ton, mais malheureusement, ce ne sera que furtif. L’attrait exotique n’a pas duré, et à quelques exceptions près, je n’ai pas réussi à m’intéresser sur la durée au voyage géographique, même si l’ambiance locale est bien rendue et réussie.

Beaucoup plus en revanche au voyage initiatique de ce duo mère/fils. Entre l’une qui profite de cette échappée pour revivre et écrire son passé, sa vie et ses échecs, et Samuel, l’adolescent dans toute sa caricaturale splendeur, entre agressivité, silence buté et attirance vers cette nature qui l’appelle, vers l’animal cheval, le fil est bien trouvé. D’ailleurs, cette relation forte avec le cheval comme point d’ancrage m’a beaucoup plu, et je n’ai cessé de penser à Claude Simon (la Route des Flandres, où le cheval est toujours présent) pendant toute ma lecture. Catalyseur et point clé fort de ce roman, lien intense entre nos deux personnages, c’est un élément réussi du livre.

Dans l’ensemble, même très exagéré, Samuel n’est pas trop mal campé, en particulier dans ses ressentis et atermoiements, mais sans originalité. Attention, on est dans l’introspection et le psychologique bien plus que dans l’action, même si certains passages tentent d’insérer un peu de mouvement, ça se fait de manière assez brutale, avec des coupures de rythme surprenantes, pas toujours bien amenées, qui facilitent l’échappée de la pensée vers d’autres horizons que Continuer …

Malheureusement, le personnage de Sybille m’a laissé de marbre et m’a semblé peu crédible. Le sacrifice permanent le sourire aux lèvres de la mère idéale m’a vite lassée. C’est terrible à dire, mais j’ai eu l’impression que Laurent Mauvignier n’était pas à l’aise avec ce personnage féminin (je me suis demandée s’il n’aurait pas mieux fait de garder le personnage du père à la place). De la même manière, certaines insertions m’ont paru inadaptées, les passages sur le racisme et les musulmans peu utiles dans cette histoire d’amour mère/fils.

Au final, j’aurais préféré que Laurent Mauvignier se disperse moins, m’évite certains moments d’ennuis, soit plus proche de ses personnages. Dommage que ce livre ne soit pas plus équilibré, car j’ai vraiment dévoré certains passage et à certains moments, j’ai été profondément touchée. Mais ce n’est pas ce qu’il reste de ma lecture en majorité.

A vous de vous faire votre avis, si ce n’est déjà fait !

Les avis coups de coeur de Clara, Valérie et Sylire, ceux positifs de Jostein, Joëlle, Gambadou et Alex, et négatifs de Jérome, Sharon, Hélène, Pr Platypus, Mior, Delphine et Nicole assez nuancée.

Prix Littéraires :
Prix Fémina 2016 – Finaliste
Prix Renaudot 2016 : 2ème sélection
Prix du Roman des étudiants France Culture / Télérama 2016 : Sélection
Prix Décembre 2016 : 1ère sélection
Prix Goncourt 2016 : 1ère sélection
Prix Médicis 2016: 1ère sélection
Prix FNAC 2016 : Finaliste


Les premières lignes :
(Lire un extrait plus long)

La veille, Samuel et Sibylle se sont endormis avec les images des chevaux disparaissant sous les ombelles sauvages et dans les masses de fleurs d’alpage ; les parois des glaciers, des montagnes, les nuages coton- neux, la fatigue dans tout le corps et la nuit sous les étoiles, sur le sommet d’une colline formant un replat idéal pour les deux tentes.

La présentation des éditions de Minuit :

Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter.
Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.


Laurent MAUVIGNIER
Continuer
Minuit, Août 2016, 240 pages

18ème lecture du Challenge 1% de la Rentrée Littéraire 2016.

24 réflexions au sujet de « Continuer – Laurent Mauvignier »

  1. Une interminable histoire de rédemption située dans un invraisemblable Kirghizstan de carton-pâte traversé par des personnages faisant figures d’ectoplasmes. L’impression navrante de lire « Les Nouvelles aventures de Candide au pays des kirghizes » ou « Le racisme expliqué à mon fils » tellement Sibylle et Samuel paraissent ingénus.
    Votre fils est raciste et délinquant ? Envoyez-le faire du cheval dans les steppes kirghizes (cela est donné à tout le monde bien évidemment..) et faites-le rencontrer les autochtones, cela le rendra tolérant ! (et oui Samuel on peut être musulman et non arabe ; on peut-être musulmane et non voilée…)
    Outre la profonde candeur qui anime le récit et ses personnages, le grand problème de roman réside dans le décor frelaté et factice qui est dépeint par Laurent Mauvignier. Ce dernier n’a jamais mis les pieds au Kirghizstan, et cela se voit !
    Ce magnifique pays des yourtes, des steppes et des chevaux est ici inexistant voire artificiel, comme si consulter Wikipédia ou des guides touristiques suffisait a servir de matière à l’écriture !
    Shakespeare n’a jamais été en Italie et a pourtant écrit Roméo et Juliette. Qu’a-t-il fait pour y pallier ? Il a beaucoup lu, et ce n’est pas le cas de Laurent Mauvignier.
    Vous voulez lire un grand roman qui se déroule au Kirghizstan ? Passez votre chemin et lisez Djamilia de Tchinghiz Aïtmatov.

    • Merci Romain pour cette analyse détaillée. Ne connaissant pas le Kirghizistan, je ne suis pas capable de comparer, mais je n’y ai en effet pas vraiment cru. En revanche, je suis très intriguée par ce pays, et je note avec grand intérêt le conseil de Djamilia de Aitmatov, que j’avoue ne pas connaître. Merci beaucoup pour ce conseil.

  2. Un livre qui partage. Savoir si on se laisse embarquer par la plume de l’auteur et les côtés positifs jusqu’à en occulter les caricatures ou si on reste vigilant et critique. Je me suis laissée embarquer.

    • Je me suis demandée si ce n’était pas pour éviter de trop coller aux faits réels, qu’il avait décidé de remplacer le père par la mère. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas le choix le plus judicieux.

    • J’ai le sentiment en ce moment que les livres qui m’enthousiasment vraiment, à quelques exceptions près, ne sont pas des livres de la rentrée littéraire ;-)

  3. Bon. Je voulais absolument découvrir cet auteur. Et au vu des premiers avis fort positifs sur ce roman j’ai pensé que c’était une bonne idée de commencer par celui là. Il m’attend du coup, mais j’ai de moins en moins envie de me lancer !

    • Le voyage intérieur ne m’a pas dérangé, j’aime bien ça de manière générale, mais la fin m’a vraiment fait penser à ces fins de films à l’américaine et je n’aime pas quand c’est moralisateur. Et comme c’est la fin du livre, c’est ce qui reste …

  4. Oui, il y a de gros déséquilibres en effet, dans ce roman. C’est dommage, car le sujet était intéressant et aurait pu donner a lieu à un très beau livre, si Mauvignier n’avait pas tenté d’embrasser trop de sujets éloignés de son propos et si ses personnages avaient été plus nuancés.

    • Oui, tout à fait, je pense que le sujet ne suffisait parfaitement à lui tout seul sans vouloir en rajouter, ni en rajouter non plus dans ses personnages qui manquent en effet de nuance.

  5. Hum, le tout est de se faire son propre avis, mais j’ai plus envie de lire le récit dont c’est tiré, celui avec le père.

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