Comment Baptiste est mort – Alain Blottière

Alain BLOTTIERE - Comment Baptiste est mort - Gallimard

Prix Décembre 2016, Comment Baptiste est mort a également été récompensé par le Prix Jean-Giono 2016 et par le prix Mottart de l’Académie française. Certainement parce que ce roman est très frappant tant dans sa forme que dans son sujet : un adolescent rescapé d’un enlèvement djihadistes. Il raconte. Il raconte un peu.

La curiosité a pris le dessus. Je n’étais attirée ni par le sujet, ni par le titre, ni par l’auteur dont j’ignorais tout. En quelques pages pourtant, Alain Blottière a réussi à me captiver, jusqu’à la dernière page.

Baptiste, 14 ans, ses parents et ses frères ont été enlevés par des djihadistes. On ne sait pas ce qu’il s’est passé. On entre dans le roman directement par l’interrogatoire de Baptiste, par on ne sait pas qui (un agent secret, un psy, un flic ?). Baptiste dit s’appeler Yumaï. On se demande s’il fait le malin, s’il est fou, si c’est un surnom. Oui, c’est le surnom que ses kidnappeurs lui ont donné.

Par des phrases très courtes, des retours à la ligne à la manière d’un poème, le mystère qui entoure Baptiste est levé, petit à petit. Derrière les mots de l’adolescent encore enfant, derrière le traumatisme qui ne se dit pas, derrière les choses qui ne se racontent pas, on essaye de comprendre ce gamin, les événements par lesquels il est passé, lui et sa famille.

Les passages « interrogatoires », qui ont une grande force suggestive, suivent des passages à la narration plus classique. Les moments de blocages où les mots doivent être expulsés du corps de Baptiste suivent des moments où les mots s’écoulent dès qu’une porte s’entrouvre au milieu des verrous du traumatisme subi.

On pense au syndrome post-traumatique et au syndrome de Stockholm, à l’enrôlement des enfants, aux relations étranges qui lient les ravisseurs des personnes qui ont été enlevées. On s’interroge sur les traumatismes, sur les peurs, sur les mécanismes de protection, sur la volonté de reconnaissance, sur les résistances du corps, de la conscience, sur le besoin d’existence.

Un livre étonnant, entre tension et suspension, entre narration à la première et à la troisième personne, entre présence et distance, entre fantasme et réalité, un traitement inattendu et saisissant d’un sujet difficile, une très TRES belle surprise littéraire.

Prix littéraires :
Prix Décembre 2016
Prix Jean-Giono 2016
Prix Mottart de l’Académie française 2016


Alain BLOTTIEREAlain Blottière vit en France et en Egypte. Depuis Saad, le désert et la figure de l’adolescent confronté à la violence du monde occupent une place importante dans ses livres. Comment Baptiste est mort est son 8e roman.


Les premières lignes de Comment Baptiste est mort
(Lire un extrait plus long)

- Baptiste, raconte comment cette histoire a commencé.
- Maintenant je m’appelle Yumaï.
- Yumaï ?
- Oui
Ils m’ont donné ce nom.

La présentation des éditions Gallimard :

Enlevé dans le désert par un groupe de djihadistes avec ses parents et ses frères, Baptiste, après plusieurs semaines de captivité, est le seul à être libéré. Ponctué d’hésitations, de silences, son débriefing laisse apparaître des zones d’ombre, des secrets qu’il tient à garder. Le garçon semble aussi avoir perdu la mémoire d’événements importants. Peu à peu, néanmoins, se révèle l’histoire extraordinaire et cruelle de celui à qui ses ravisseurs ont donné le nom d’un renard du désert : Yumaï.


Alain BLOTTIERE
Comment Baptiste est mort
Gallimard, avril 2016, 208 pages.

12 réflexions au sujet de « Comment Baptiste est mort – Alain Blottière »

  1. Lu aujourd’hui. Découvert grâce à votre blog. Merci car ce fut un bon moment de lecture . Roman original dans sa construction. Sujet grave mais écrit avec beaucoup de délicatesse.

  2. Bonjour,
    Merci pour le partage.
    Je ne suis pas attirée d’emblée par le thème.
    Cependant le traitement par l’écriture, tel que tu la décris succinctement, attire ma
    curiosité …
    A classer dans les « peut-être pour l’été » ….

  3. Je n’en avais pas entendu parler jusqu’alors. Je lis actuellement le livre de Manoukian, donc je ne vais sans doute pas me replonger tout de suite dans une histoire de terrorisme. Mais j’y reviendrai peut-être plus tard.

  4. Je ne suis pas du tout attirée par cet thème également mais cet angle de vue (un ado enlevé puis libéré) est rafraichissant. Si un jour il croise mon chemin …

    • Le roman n’est pas trop dur, je ne dis pas qu’il est facile bien sûr, mais A. Blottière a trouvé le moyen de traiter ce sujet difficile avec subtilité et malgré tout, une certaine délicatesse.

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