Chanson douce – Leïla Slimani

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Deuxième roman de Leïla Slimani, Chanson douce bouleverse une vie familiale parisienne aisée, deux parents qui travaillent, deux enfants en bas âge, et une nounou, Louise, qui entre dans leur vie en prenant une place de plus en plus importante.

Et le livre commence fort. Les premières lignes évoquent immédiatement le drame, la mort des enfants Mila et Adam, la nounou qui a déraillé, la famille désarticulée. Le procédé permet de mettre le lecteur tout de suite dans un état de transe qui ne le quittera pas jusqu’à la dernière ligne.

Qu’est-ce qui a bien pu arriver pour qu’un tel drame se produise ? Rien d’exceptionnel, et c’est là où Leïla Slimani excelle. Elle raconte l’histoire d’un couple à l’aise, d’un couple parisien comme il en existe beaucoup. La femme décide de retravailler après s’être occupée un certain temps de ses enfants, la vie de mère au foyer lui pèse, lui rentre tard. La solution est simple, la place en crèche étant impossible à trouver, c’est la nounou à domicile.

Leïla Slimani n’exagère absolument pas dans ses propos. Elle décrit le quotidien, les réflexions bien pensantes, mais avec leur côté raciste ou dénigrante, la scène du début sur le recrutement est symptomatique, des paroles déjà entendues dans notre propre quotidien.

C’est avec brio qu’elle amène cette nounou « idéale », qui se met à trop exister, à être trop présente dans cette famille où les parents sont toujours absents, à être transparente. Mais elle existe, ce n’est pas seulement un personnage, c’est une personne, avec son passé, ses problèmes, c’est un être humain qui a besoin d’humanité.

Servi par une psychologie fine et juste, sans manichéisme, une plume directe, des phrases courtes, des pensées affirmées comme dans l’intimité du couple, comme dans la vie, c’est envoûtant, comme une Chanson douce, et ça dérange, bien trop prêt d’une réalité quotidienne pour laisser de marbre et ne pas faire frissonner.

Prix Littéraires Prix Goncourt 2016
Prix Renaudot 2016 – Première sélection
Prix FNAC 2010 – Première sélection


Les premières lignes de Chanson douce :
(Lire un extrait plus long)

Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. On l’a couché dans une housse grise et on a fait glisser le fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés.

La présentation des éditions Gallimard :

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.


Leïla SLIMANI
Chanson douce
Gallimard, Août 2016, 228 pages.

5ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

42 réflexions au sujet de « Chanson douce – Leïla Slimani »

  1. Ce livre m’a fait froid dans le dos !
    L’histoire est très réaliste, et la distance gardée par l’auteure avec ses personnages laisse d’autant plus la place pour se dire que ça pourrait arriver à n’importe qui !

    • Tout à fait ! C’est un incipit qui marque les esprits, et qui reste là, dans la tête, de manière lancinante, pendant toute la lecture, et qui vient en opposition permanente avec la « normalité » du reste de l’histoire.

  2. J’ai vu l’auteure dans une émission de télé récemment et son intervention m’avait donné envie de lire son roman. Mais comme beaucoup j’en appréhendais un peu le thème. Toutefois, ta chronique m’a convaincue et je le rajoute à ma PAL.

  3. J’ai lu, il y a quelques mois, son premier roman « Dans le jardin de l’ogre », très fort, mais aussi très dur. Je n’ai pas encore lu celui-ci, mais il fait partie de ma liste de nouveautés à lire rapidement, et je pense qu’il est dans la même veine que le précédent. Cette écrivaine dérange.

    • Merci Marie-Noelle pour le conseil de « Dans le jardin de l’ogre », je suis très attirée par le concept du livre qui dérange, c’est aussi ça la littérature.

  4. Je suis en train de le lire et suis à deux doigts de le laisser tomber. .Je trouve que l’auteure force un peu le trait sur le personnage de Louise et nous met trop à distance : il n’y a pas un gramme d’émotion dans ce roman.

    • En effet, ce n’est pas l’émotion qui fait la réussite de ce roman , je dirai même justement que c’est l’absence d’émotion. Je comprends que cela puisse gêner et laisser à distance. Mais je trouve au contraire que cela sert très bien le propos, et le rapport entre les parents et la nounou. Je regrette que cette déception …

    • Non, il ne faut vraiment pas. Ce n’est ni violent, ni trash, et la nounou n’a rien de la poupée « chuky ». C’est finalement une histoire assez banale, mais avec une utilisation fine de la psychologie des personnages. et du quotidien. Et c’est justement ça la force de ce roman, sa normalité, ou apparence de normalité.

  5. Mon commentaire a disparu avant que je l’aie fini! Oui, les extraits que tu donnes sont glaçants. Une phrase me choque : « malgré les réticences de son mari » ! On a l’impression d’être retournée dans les années 50-60 quand la femme devait être au foyer et que son mari ne voulait pas qu’elle travaille. J’espère que le roman n’est pas une manière détournée de dire que la femme est responsable !

    • Non, pas du tout. Ce n’est pas l’axe du roman, et si la phrase te choque, c’est qu’elle est mal choisie. Son mari n’est pas particulièrement enthousiaste, mais le sujet n’est pas là. C’est simplement pour expliquer l’arrivée de la nounou et, partant, ce qu’il s’en suit.

  6. Je l’ai lu aussi (mon article est déjà programmé ;), et si je l’ai trouvé glaçant et particulièrement réussi dans l’atmosphère, je trouve dommage cette distance avec les personnages (et notamment la famille).

    • Oui, c’est vraiment réussi, bien construit, avec une narration bien équilibrée, un livre marquant en plus dans son contenu. J’espère qu’il va avoir une super grande audience ce livre !

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