Ceux d’à côté – Laurent Mauvignier

Laurent Mauvignier - Ceux d'à côté - Editions de Minuit

Poursuivons la découverte de l’œuvre de Laurent Mauvignier. Après Apprendre à finir, voici son 3e roman, Ceux d’à côté, publié en 2002.

Catherine veut changer de vie, elle prépare un concours pour devenir professeure de musique. Sa vie semble être d’une vacuité et d’une solitude à faire fuir les plus enthousiastes. Elle n’a pas d’ami, si ce n’est son poisson rouge, les hommes qui passent dans sa vie, pour une nuit ou deux, ne comptent pas. Il reste ses voisins, « ceux d’à côté », Sylvain et sa voisine, Claire. Ils la sortent, l’emmènent en weekend.

Catherine vit sa vie par procuration, en suspension, en attente qu’il se passe quelque chose. Mais la chose qui se passe, ce n’est pas à Catherine qu’elle arrive, c’est à sa voisine. C’est l’agression de Claire, à la sortie de la piscine, un viol qui ne dit jamais son nom. Alors Catherine écoute Claire, se projette et espère qu’il lui arrive aussi, à elle, quelque chose.

Parce que Claire, sa voisine, lui a raconté ce que c’est de revivre sa propre mort chaque nuit, d’entendre un souffle d’homme derrière soi et de sentir sur son corps son odeur à lui, des semaines après.
Et parce que s’approprier l’histoire des autres c’est au moins commencer à vivre un peu, alors Catherine attend, le jour, la nuit, cet homme-là. L’homme qui marche dans la ville et rôde vers la piscine, dans les rues, parfois jusqu’à chez elle. Parce que Claire, sa voisine, lui a raconté ce que c’est de revivre sa propre mort chaque nuit, d’entendre un souffle d’homme derrière soi et de sentir sur son corps son odeur à lui, des semaines après.
Et parce que s’approprier l’histoire des autres c’est au moins commencer à vivre un peu, alors Catherine attend, le jour, la nuit, cet homme-là. L’homme qui marche dans la ville et rôde vers la piscine, dans les rues, parfois jusqu’à chez elle.

(4e de couverture)

Laurent Mauvignier ne décrit presque rien, il raconte l’humain à travers leurs pensées, dans des successions de monologues intérieurs, en passant de l’un à l’autre, dans un fil sans fin, qui donne parfois l’impression de suffoquer. On entendra Catherine et ses projections, Claire et sa vie qu’elle ne décrit que par la mort de son corps, mais aussi, et l’idée est géniale, la voix du violeur, qui n’a pas l’air d’être plus tordu ou moins seul que les autres, et qu’on a du mal à détester. D’un certain côté, et c’est terrifiant, tous ces personnages se ressemblent.

On se demande d’ailleurs parfois qui parle, les monologues intérieurs sont effrayants de détresse et de solitude, de similitude. Les phrases peuvent être courtes et vives. Elles sont souvent longues, entortillées, elles reflètent à la perfection les tourments intérieurs, elles ont du mal parfois à respirer, comme les personnages, qui n’arrivent pas à sortir de leur tête et de leurs pensées.

C’est un roman lourd de solitude, de mal-être et de détresse, comme l’était d’ailleurs son précédent livre, Apprendre à finir (2000), dans lequel il racontait les tourments intérieurs d’une femme quittée et rabaissée. Il passe d’un personnage à plusieurs voix intérieures, et cela fonctionne tout autant.

Petit bémol/conseil : Attention, le style de Laurent Mauvignier dans Ceux d’â côté est très similaire, voire identique, à celui d’ Apprendre à finir. Pour éviter d’avoir le sentiment de lire un peu la même chose (même si l’histoire est différente), une lecture un peu espacée est à recommander.

Une nouvelle lecture duo avec ma partenaire de lecture Béa, dont l’avis est bien plus enthousiaste pour Ceux d’à côté que pour Apprendre à finir.

Laurent MAUVIGNIER
Editions de Minuit, 2002,160 pages

4 réflexions sur « Ceux d’à côté – Laurent Mauvignier »

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