Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Julie Otsuka - Certaines n'avaient jamais vu la mer - Phebus

Ce roman est un petit bijou d’espoirs déçus.

Dès les premières lignes, Julie Otzuka nous fait partager l’euphorie du départ de jeunes japonaises vers San Francisco, pour rejoindre leur époux inconnu, pour rejoindre l’eldorado promis. Mais cela ne durera que le temps de quelques lignes ; le désenchantement commence très rapidement à s’instaurer et nous comprenons vite que la réalité ne ressemblera pas aux promesses reçues.

En 139 pages, nous allons partager la vie de ces jeunes japonaises et traverser avec elles les grands épisodes qui jalonnent une existence. Les titres des huit chapitres sont signicatifs : Nous commencerons avec « Bienvenue, mesdemoiselles japonnaises ! », puis « La première nuit », « Les Blancs », « Naissances », « Les enfants », « Traitres », « Dernier jour » et « Disparition ».

Julie Otzuka utilise la première personne du pluriel pour nous raconter cette histoire, ou devrais-je dire, pour « nous » raconter l’Histoire, « nous » impliquant directement, lecteurs, dans le quotidien et les désillusions de ces femmes. Nous avons l’impression d’être au plus près d’elles, d’être partie prenante de leur intimité et de leurs désillusions, de participer à un témoignage vivant ou de lire un journal intime.

Ce livre est un roman, ce n’est pas une autobiographie, mais un roman basé sur des faits réels, la vie d’immigrantes japonaises, qui arrivèrent aux Etats-Unis au début du XXe siècle. Ce roman a fait l’objet de nombreuses recherches et se fonde sur de nombreuses sources historiques, ce qui se ressent, et rend ce livre passionnant, aussi bien dans les détails purement factuels, mais également dans la façon de retranscrire les pensées, le ressenti, et les rêves de chacune. Une fois arrivées, après avoir été violées pour certaines, exploitées, humiliées, elles auront pour la plupart le même désir, s’enfuir et repartir. Mais pour où ? Revenir au Japon est exclu, la honte qui en rejaillirait sur la famille bien trop grande. Condamnées à vivre rejetées.

J’ai vraiment été happée par l’histoire et par la sensibilité avec laquelle Julie Otsuka nous raconte de manière romancée une histoire du Japon et des Etats-Unis, vu à travers les yeux de ces femmes, qui vont accepter leur la triste condition, en tentant de garder la force intérieure nécessaire pour se battre et ne pas flancher, pour elles, pour leurs enfants qui ne comprendront pas, une désillusion en chassant une autre, une exclusion se rajoutant à une autre.

Prix LittéraireCe roman a reçu le Prix Fémina Etranger 2012 et le PEN/Faulkner Award for fiction.

Les premières lignes de Certaines n’avaient jamais vue la mer :

Sur le bateau, nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas très grandes. Certaines d’entre nous n’avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles.

Otsuka Certaines n'avaient jamais vu la merLa présentation de Certaines n’avaient jamais vue la mer par l’éditeur Phébus :

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.
C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.

À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre et la détention dans les camps d’internement – l’État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l’oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n’avaient jamais existé.

Julie OTSUKA, Certaines n’avaient jamais vu la mer
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau
Parution : Août 2012 – Phébus / Septembre 2013 – 10/18
Version originale : 2011, The Buddha in the Attic

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(Dernière mise à jour : 25/04/2014)

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