Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante

Elena FERRANTE - Celui qui fuit et celle qui reste - L'amie prodigieuse III - Gallimard

Celle qui fuit et celle qui reste est le 3e volume de la saga napolitaine d’Elena Ferrante, L’Amie prodigieuse, mettant en scène les deux amies d’enfance Elena Greco et Lila, dans une Italie en pleine mutation.

Elena a publié son premier livre, va se marier et avoir des enfants. C’est le début de sa vie de femme. C’est la fin des années 1960 et le début des années 1970. La vie de Lila continuera de suivre une voie différente – elle travaille lorsqu’on la retrouve dans une entreprise de salaison -, et pourtant, sans se voir quotidiennement, les deux amies garderont toujours le lien.

Ce troisième opus est une suite qui pourrait être identique. Ce n’est pas le cas. Elena Ferrante réussit à orienter son roman d’une manière différente, tentant de se renouveler et de traiter des thèmes différents par rapport aux magnifiques et énormes coups de coeur, L’Amie prodigieuse et Le nouveau nom.

Ce roman est centré sur les aspects politiques, notamment lors de la première partie. Ce sont les perturbations de la fin des années 1960′s, la montée du parti communiste, les exactions et combats contre le parti fasciste, lorsque les deux extrêmes s’affrontent pendant les années de plomb. A leur manière, elles vont chacune s’en mêler, Lila de manière plus directe, et on retrouve à cette occasion avec grand plaisir son caractère têtu et déterminé. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas trop en dévoiler.

La seconde partie du roman est beaucoup plus intime et personnelle. Il est beaucoup question de la condition de la femme (post années 1968), de sa place comme travailleuse, mère et épouse, mais également comme fille dans une société napolitaine où la famille prend une place considérable. Si ces questions ne sont pas nouvelles, elles sont traitées avec franchise et sans faux semblants. C’est également le cas lorsque Elena Ferrante aborde de manière directe la sexualité féminine, ce qui est beaucoup moins courant. On est vraiment au coeur de la femme et de ses préoccupations intimes.

Mea culpa : j’avais tellement envie d’adorer autant ce 3e volume que les précédents que je me suis déçue d’arrêter ma lecture après environ 150 pages, pour laisser ce livre reposer pendant trois mois. Bien malgré moi, je ne retrouvais pas le même engouement.

Lors de la reprise, la lecture a pourtant été très fluide, je l’ai terminé en quelques jours et j’ai regretté d’arriver au point final, les cent derrières pages m’ayant particulièrement plu. Ceci étant, sans réussir à distinguer clairement pourquoi j’ai trouvé ce 3e volume un peu moins prenant, je ne manquerai pas de lire le 4e et dernier tome, L’enfant perdu qui va bientôt paraître dans la traduction française.

Les avis de Delphine, Eva, Alex, Hélène, Papillon.


Les premières lignes :
(Lire un extrait plus long)

La dernière fois que j’ai vu Lila, c’était il y a cinq ans, pendant l’hiver 2005. Nous nous promenions de bon matin le long du boulevard et, comme cela se produisait depuis des années déjà, nous n’arrivions pas à nous sentir véritablement à l’aise.

La présentation des éditions Gallimard :

Après L’amie prodigieuse et Le nouveau nom, Celle qui fuit et celle qui reste est la suite de la formidable saga dans laquelle Elena Ferrante raconte cinquante ans d’histoire italienne et d’amitié entre ses deux héroïnes, Elena et Lila.
Pour Elena, comme pour l’Italie, une période de grands bouleversements s’ouvre. Nous sommes à la fin des années soixante, les événements de 1968 s’annoncent, les mouvements féministes et protestataires s’organisent, et Elena, diplômée de l’École normale de Pise et entourée d’universitaires, est au premier rang. Même si les choix de Lila sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine, telles deux sœurs qui se ressembleraient trop. Et, une nouvelle fois, les circonstances vont les rapprocher, puis les éloigner, au cours de cette tumultueuse traversée des années soixante-dix.
Celle qui fuit et celle qui reste n’a rien à envier à ses deux prédécesseurs. À la dimension historique et intime s’ajoute même un volet politique, puisque les dix années que couvre le roman sont cruciales pour l’Italie, un pays en transformation, en marche vers la modernité.


Elena FERRANTE
Celle qui fuit et celle qui reste
Traduit de l’italien par Elsa Damien
Gallimard, Janvier 2017, 480 pages.
VO : Storia di chi fugge e di chi resta

Lecture de la Rentrée Littéraire janvier 2017.

30 réflexions au sujet de « Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante »

  1. J’ai quant à moi beaucoup aimé le troisième, plus que le deuxième que j’avais préféré au premier… ! Je suis contente que tu aies retrouvé le souffle du roman dans la dernière partie et que tu aies envie de poursuivre.

  2. J’ai beaucoup aimé le tome 1, préféré le 2 et galéré un peu sur le tome 3 (des baffes à Elena, franchement pénible parfois !) mais comme toi, une fois « décidée », je me suis régalée !

    • Nous sommes donc toutes les deux à avoir un peu fléchi sur le numéro 3, et je suis d’accord avec toi sur le caractère parfois agaçant de notre héroïne. Je me suis dit d’ailleurs que le personnage était plutôt bien réussi pour entrainer une telle réaction. Ca doit être l’âge, on devient plus pénible peut-être en vieillissant :-)

  3. Je ne lis pas ton billet, je me garde cette lecture pour cet été, au bord de la piscine au soleil, bon quoi qu’avec le retour du soleil ça me fait bien envie!!

    • Comme toi, j’ai attendu la bonne période pour cette lecture. La piscine et le soleil, quoi de mieux ! Bien sûr, avec le parasol qui tient le verre glacé bien au froid ;-)

  4. Lu d’une traite, sans aucune lassitude. Au contraire, j’admire la capacité de l’auteure à renouveler sans cesse son traitement du lien entre ces deux amies qui forment un duo décidément fascinant. Si j’ai préféré le tome 2, c’est juste une question de période de vie mais je trouve celui-ci excellent.

    • Tu as raison, les périodes de vie comptent aussi beaucoup pour choisir le tome que l’on préfère. Pas d’obligation d’en préférer un plutôt qu’un autre d’ailleurs, mais il y a des chances que le dernier soit aussi dans mon top 3 de la série.

  5. ah, je suis contente que tu l’aies repris et fini !
    parfois il y a des livres qui ont du mal à passer à un moment, et puis qui coulent tout seul quand on les reprend, j’avais eu le cas avec Le Coeur du Pélican de Cécile Coulon.
    Moi aussi j’ai hâte que le 4e tome paraisse, je suis impatiente de connaître la fin!

    • Je n’allais pas passer à côté quand même. Mais c’est vrai que je voulais tellement aimer ce roman, que j’ai attendu d’être dans un contexte de lecture parfait, avec du temps et du calme. Et voilà !

  6. la fin de ta chronique me rassure ! :) J’ai tellement aimé ce tome 3, pour moi le plus accompli (avis purement subjectif j’en conviens).

    • Je ne devais pas être dans l’humeur qu’il fallait quand j’ai commencé cette lecture. Le joli mois de mai doit mieux me convenir que le froid de janvier ;-)

  7. Pour moi, c’est le meilleur des trois. Je me suis vraiment régalée de le lire tant j’ai aimé tout l’aspect politique et tout le contexte sur le féminisme . Vivement la suite !

    • Tu n’es pas la seule, j’ai lu plusieurs fois déjà que pour certains, le 3e était le meilleur des trois. Peut-être que j’ai été moins emballée au début, justement en raison de la partie politique. Pourtant, elle n’est pas rébarbative du tout.

    • Difficile de ne pas avoir envie de savoir comment leurs vies ont tournés, et ce qu’il s’est passé. Le mystère existe depuis le premier tome, je cherche des indices sur la fin, mais je n’ai rien trouvé …

  8. Je l’ai lu d’une traite, comme les précédents ! J’ai aimé que l’auteure aborde de manière plus directe la question de la condition des femmes. Comme tu le soulignes, Elena Ferrante parvient parfaitement à se renouveler au sein de son oeuvre. J’ai hâte d’en découvrir la fin.

    • Je suis presque jalouse ! J’aurais vraiment voulu le lire d’une traite aussi, comme les autres. Moi aussi, j’ai très envie de connaître la fin !

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