Ce que j’appelle oubli – Laurent Mauvignier

Laurent MAUVIGNIER - Ce que j'appelle l'oubli - Minuit Coup de coeur !

Ce que j’appelle oubli est une relecture, toute aussi poignante et perturbante plusieurs années après sa première découverte. Un texte très court, une phrase ininterrompue, sans majuscule ni point, un morceau de vie, inspiré d’un fait divers lyonnais de 2009. A lire impérativement.

Un homme boit une bière dans le rayon d’un supermarché. Certains ouvrent des paquets de bonbons, de gâteaux, les consomment en douce, et sortent du magasin poursuivre leur journée. On en voit souvent. On s’agace, on se dit que ce n’est pas normal, on s’offusque du vol, on fait une remarque, on dénonce ou alors, on ferme les yeux, on ne dit rien, ce n’est pas notre problème, on passe devant en baissant la tête, on compatit, on pense à l’adolescence, à la détresse ou la pauvreté. Chacun réagit à sa manière.

« Quand il est entré dans le supermarché, il s’est dirigé vers les bières. Il a ouvert une canette et l’a bue. À quoi a-t-il pensé en étanchant sa soif, à qui, je ne le sais pas.
Ce dont je suis certain, en revanche, c’est qu’entre le moment de son arrivée et celui où les vigiles l’ont arrêté, personne n’aurait imaginé qu’il n’en sortirait pas. »

Lui, il a bu une bière, lui, il se fait attraper. Il ne s’enfuit pas lorsque les vigiles arrivent. Ce n’est pas bien grave. Il sait qu’il a tort, il ne sait pas vraiment pourquoi il a agit ainsi, il propose de payer la bière.

Et c’est l’engrenage.

C’est ce que raconte le narrateur au frère du buveur de bière. Le « faible » voleur versus le « puissant » vigile. Un parole agressive précède un premier coup physique, d’abord léger, puis un autre … La violence s’invite et s’installe, éclate de manière incontrôlée, quand le mot VIOLENCE, lui, s’écrit en majuscule.

Aucun doute. Ce coup de coeur reste, comme un coup de poing de lecture qui assomme, offusque, sert le ventre et les tripes. Lorsque le tragique s’invite ainsi dans le quotidien, quand une vie est en jeu, quand l’inacceptable surgit au moment où on s’y attend le moins, quand un petit dérapage entraîne … Il suffit de si peu.

Lecture duo choc avec ma chère Béa, avec qui je poursuis la découverte de l’oeuvre de Mauvignier, Ce que j’appelle oubli est le 3e ouvrage après Ceux d’à côté et Apprendre à finir. Vraiment, prenez un instant pour lire ce texte.

Laurent MAUVIGNIER, Ce que j’appelle oubli
Minuit, 2011, 64 pages

10 réflexions sur « Ce que j’appelle oubli – Laurent Mauvignier »

    • C’est à mon avis un bon texte pour le découvrir, court et percutant.
      Cela n’empêche pas de lire Kérangal, je recommanderai en premier le sublime Réparer les vivants.

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