Le cas Eduard Einstein – Laurent Seksik

Laurent Seksik - Le cas Eduard Einstein - Flammarion Coup de coeur !

Le cas Eduard Einstein est un livre plus que passionnant, absolument envoûtant, principalement centré autour d’Eduard Einstein, fils cadet d’Albert d’Einstein, atteint de schizophrénie pour certains, de folie pour d’autres.

Eduard Einstein est le fils d’Albert Einstein et de sa première femme, Mileva. Le couple, marié en 1904, se sépare dix ans plus tard en 1914, alors qu’Eduard – qui est né le 23 juillet 1910 – n’a que quatre ans. Mileva, mère courage, mère tout court, devra s’occuper seule de son fils, car Albert qui a refait sa vie avec Elsa, préfère n’avoir que des liens épisodiques avec son ancienne famille. Et puis, Albert Einstein ne semble pas vraiment concerné par la maladie de son fils. Il faut avouer que l’image du Prix Nobel de Physique le plus connu en prend un coup, tout au long de ce livre d’ailleurs, sans pourtant que le but de Laurent Seksik soit de le critiquer ouvertement.

D’un chapitre à l’autre, ce sont différentes voix qu’on entend. La plus marquante est vraiment celle d’Eduard Einstein, qui se présente au lecteur à l’âge de vingt ans – nous sommes alors en 1930 – comme un demeuré ayant lu tout Schopenhauer, Kant, Nietzsche et Freud. Son discours est une confidence entre amis, une confession. Il sait qu’il est différent, il nous explique que sa « pensée n’est plus en conformité », qu’il avale des abeilles et que du miel sort de ses oreilles…

C’est paradoxalement à travers le discours d’Eduard, mélange dérangeant de mots justes et touchants, que nous apercevons le mieux la réalité des relations de cette famille décomposée et blessée, entre l’égoïsme d’un père Nobel et le combat d’une mère abandonnée, qui se battra toute sa vie pour son fils. C’est également à travers le regard décalé d’Eduard que son monde nous parvient le mieux, sa relation avec ses médecins, sa vision de l’extérieur et du monde qui l’entoure, ce monde qui à partir de 1930 se résumera principalement pour lui à vieillir au sein de la clinique psychiatrique Burghölzli à Zurich, en Suisse. Car pour Eduard, tout est un trop grand bouleversement.

Mais le bouleversement ne se passe pas uniquement dans la tête d’Eduard. C’est le monde qui se transforme, le nazisme qui s’installe, la répression contre les juifs qui s’étend. En mai 1933, Albert Einstein verra son fils Eduard pour la dernière fois, avant de partir aux Etats-Unis, pour fuir l’Allemagne et le pouvoir nazi. Mais Albert s’apercevra que l’idéal américain n’est pas ce qu’il espérait. Il deviendra aux yeux de tous le créateur de la bombe atomique, le juif exilé aux Etats-Unis, que l’on accueille contraints et forcés : il devient alors, lui aussi, différent et indésirable.

Le cas Eduard Einstein n’ennuie jamais et passionne à chaque page. C’est très bien écrit, les propos sont extrêmement subtiles, le style aérien et précis. On se jette sur le chapitre suivant dès qu’on a terminé le précédent. Le fait que Laurent Seksik soit médecin lui a sans doute permis d’expliquer simplement – avec les recherches effectuées – la maladie d’Eduard et ses conséquences ; la violence parfois, l’incohérence souvent, les cris et hurlements, la perte de repères et les difficultés pour la famille d’accepter cette maladie, les difficultés pour soigner. C’est la période de l’extermination des juifs ; c’est aussi la période du traitement à l’insuline et des électrochocs à outrance. Eduard n’y échappera pas.

On ressort de ce livre profondément ému et ravi. Le cas Eduard Einstein est vraiment un livre excellent.

Prix littéraire :
Sélection du Prix Fémina 2013
Sélection du Prix Goncourt 2013
Sélection du Grand Prix du Roman de l’Académie française 2013


Les premières lignes du roman Le cas Eduard Einstein :

« La lourde porte se ferme dans un grincement. Le bâtiment semble plus imposant, vu du dehors, son toit détaché dans le ciel de novembre. Elle est prise de vertige. Elle craint de s’évanouir. Elle se remémore la méthode conseillée par son médecin lorsqu’une telle sensation l’envahit. Se concentrer sur un point au-devant, respirer profondément. Elle croit en la médecine. »

La présentation de l’éditeur Flammarion du roman Le cas Eduard Einstein :

« Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution », écrit Albert Einstein en exil. Eduard a vingt ans au début des années 1930 quand sa mère, Mileva, le conduit à l’asile. Le fils d’Einstein finira ses jours parmi les fous, délaissé de tous, dans le plus total dénuement.

Trois destins s’entrecroisent dans ce roman, sur fond de tragédie du siècle et d’épopée d’un géant. Laurent Seksik dévoile un drame de l’intime où résonnent la douleur d’une mère, les faiblesses des grands hommes et la voix du fils oublié. »


Laurent SEKSIK
Le cas Eduard Einstein
Parution : août 2013 – Flammarion

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