Camille, mon envolée – Sophie Daull

Sophie Daull - Camille, mon envolée - Philippe Rey

A la mort inattendue de sa fille Camille, qui n’a que 16 ans, sa mère prend la plume pour raconter cet ouragan qui la dévaste, qui va bouleverser sa vie à jamais, en tentant en même temps de lui rendre hommage, de la prolonger à travers ce texte qui restera immortel.

Ce premier roman semble réellement écrit sur le vif, au moment des événements ou dans un délai très proche, pour ne pas laisser s’évanouir ou se transformer les souvenirs, comme des notes prises dans l’instant. Dans une construction en miroir, aux chapitres qui commencent en janvier 2014 – la période post-drame – se répondent des chapitres qui débutent le 19 décembre, juste avant le décès de Camille. Car la mort de Camille a eu lieu à la veille de Noël.

Le lecteur découvre ainsi, de manière quasi simultanée, les événements et signes qui ont précédés le décès de Camille, tout comme la douleur qui fait suite à sa mort, aux obligations administratives, au soutien des proches, aux cris qui sortent du coeur et du corps. L’effet en est d’autant plus marquant. Il en résulte une tension narrative, qui s’ajoute à la tension émotive extrêmement forte, et qui font de ce livre une très belle réussite.

Sophie Daull raconte de manière sincère et pudique, sans jamais se réfugier dans le pathos, mais en faisant face à l’inacceptable avec beaucoup de courage et de dignité, avec douceur également, en mettant de côté la haine ou le ressenti (et elle aurait de quoi …), mais en ravivant au contraire les moments qui faisaient la force et l’unicité de sa relation maternelle, la complicité et l’humour qui liaient la mère et la fille.

L’un des 20 meilleurs livres 2015 du magazine LIRE, en catégorie premier roman français, il s’agit néanmoins beaucoup plus d’un récit dont la simple franchise secoue toutes les fibres de la chair, qui ne pourra laisser aucun lecteur insensible et fera pleurer à chaudes larmes les plus sensibles (dont je suis …).

Les avis de Fleur, Tiben, Jostein, Stéphie, Laurie, Martine, Eimelle


Les premières lignes de Camille, mon envolée :
(Lire un extrait plus long)

Haute-Marne – Jeudi 9 janvier 2014
Tu es enterrée depuis une semaine exactement.
Sans ton coeur ni ton cerveau. Ils sont à l’étude au service des autopsies de La Pitié-Salpëtrière.

La présentation de Camille, mon envolée par les éditions Philippe Rey :

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire.
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.
Loin d’être l’épanchement d’une mère endeuillée ou un mausolée – puisque l’humour n’y perd pas ses droits –, ce texte est le roman d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie : « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore,
radieuses, contempler le monde ».

« Dans les jours d’après, nous distribuerons tes soixante-dix-sept peluches, une par une ou deux par deux, à des fossés dans les campagnes, à des clairières, à des rochers. C’est joli, ces ours, ces lapins, ces petits chats abandonnés sur les tapis de mousse, prenant la pluie sous les marguerites ».


Challenge RL 2015Sophie DAULL
Camille, mon envolée
Philippe Rey, Août 2015, 192 pages

22 réflexions au sujet de « Camille, mon envolée – Sophie Daull »

  1. J’ai lu ce livre il y a déjà quelques mois, après le passage de Sophie Daull à la Grande Librairie (émission du 22-10-2015). Lors de cette émission, j’avais été frappée par sa retenue, sa dignité et sa force intérieure. Son livre lui ressemble. Beau, fort, bouleversant. L’écriture est superbe. On reste confondu devant la passivité du corps médical, qui n’a rien vu venir. On est bouleversé par le destin de cette femme, qui, très jeune, a perdu sa mère sauvagement assassinée (elle en parle peu dans son roman, mais un quotidien alsacien a publié un article sur elle lors de la sortie du livre).
    Il faut du courage pour lire ce texte, tant il est dérangeant et émouvant, tout comme l’auteur a le courage d’affronter sa vie. C’est un bel hommage qu’elle rend à sa fille; et c’est un bel hommage que nous pouvons leur témoigner à toutes les deux (mère et fille) en le lisant. Camille Daull s’est mis à écrire. On a déjà envie de lire son prochain titre …

    • J’avoue que moi aussi, j’ai été atterrée par le comportement du corps médical, mais j’imagine que toute maladie n’est pas facile à détecter… Quoiqu’il en soit, c’est un texte en effet très émouvant, je suis bien d’accord, qui m’a totalement retournée. Et en effet, je ne manquerai en aucun cas son prochain titre. Merci Marie-Noëlle pour ce très bel hommage rendu à ce livre et à son auteure.

  2. Ce que j’ai trouvé assez incroyable, c’est la sagesse de cette femme, qui n’essaie jamais de se venger. Comme toi, je pense qu’elle aurait pu facilement en vouloir énormément au corps médical.

    • Oui, c’est fou ! Elle a probablement dû s’en vouloir énormément. Je n’ose imaginer le degré de culpabilité (injustifié bien sûr) qu’elle a dû dompter. D’ailleurs, quand tu vois l’auteur, tu constates qu’elle a en effet été marquée par la vie.

    • En effet, c’est aussi une thérapie personnelle, mais le résultat va bien au delà, car c’est vraiment un roman qu’on découvre, non un simple exutoire.

  3. Pas le genre de livre que je lirais habituellement, mais le passage à LGL de son auteur et les nombreux billets très positifs de la blogo m’ont incitêe à changer d’avis

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