Amélie Nothomb – Soif – Albin Michel

Amélie NOTHOMB - Soif - Albin Michel Coup de coeur !

Quel culot ! Elle ose Amélie Nothomb dans Soif, et pas avec le dos de la cuillère. Elle se met à la place de Jésus-Christ, rien de moins. Elle le fait parler à la première personne, quelques jours avant la crucifixion. C’est percutant, déroutant et sacrément audacieux.

Approcher le thème de la religion, ce n’est jamais facile, même en littérature, je dirai même surtout en littérature. Les risques sont grands de froisser les uns, d’exaspérer les autres, un propos peut rapidement être taxé d’irrespectueux ou de blasphématoire.

Mais Amélie Nothomb réussit une prouesse avec Soif.

D’abord, on entre dans le récit avec surprise : « j’ai toujours su que l’on me condamnerait à mort ». Le narrateur, c’est Jésus-Christ lui-même, omniscient, il sait donc ce qui va arriver. Comme il témoigne à titre personnel, il utilise « je » avec naturel et simplicité, il raconte comme le ferait n’importe quel homme, sans fioriture, sans phrase alambiquée, avec beaucoup naturel. Il est là, il vit, il est accessible.

Il est même drôle ! Au début du roman, de nombreux lecteurs souriront, cela ressemble à un jeu, à une blague, à une fable qui change de ton et devient de plus en plus grave et de plus en plus terrible, comme dans les contes pour enfants. Le Mal apparait au fil du récit, mais ici, rien ne viendra interrompre son côté inéluctable.

Tout le monde connait déjà l’histoire, tout le monde connait déjà la fin, et pourtant, on reste accroché à chaque ligne avec intérêt et étonnement.

Ce qui fonctionne à la perfection aussi, ce sont les interrogations de Jésus-Christ, qui partage son point de vue et ses pensées avec acuité et un certain cynisme. Il est étonné de sa condamnation, des témoignages des miraculés, de l’horreur de la sanction. Il questionne la notion du mal, « L’énigme du mal n’est rien comparée à la médiocrité », il questionne le comportement humain, et on frissonne de lire et de se rappeler, une fois encore, ce que les hommes sont capables de faire.

Le génie de ce roman ce sont également les petites phrases-clés, les assertions, les conclusions et les observations. Jésus ne juge pas, il constate, comme un homme. A chaque page, on a envie de noter une phrase, Amélie Nothomb voit juste et réussit à approcher la réalité ce qu’à du être ce calvaire avec un sacré talent littéraire.

Et même si vous n’aimez pas Amélie Nothomb, lisez ce livre, c’est l’un de ses meilleurs, et vous comprendrez pourquoi le titre, Soif.

Prix littéraire :
Goncourt 2019 – Sélection

Amélie NOTHOMB
Soif

Albin Michel, août 2019, 162 pages.

14 réflexions sur « Amélie Nothomb – Soif – Albin Michel »

  1. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu cette auteure…
    Mais là il faut dire qu’elle a fait fort !
    J’ai bien aimé aussi !

    • Son écriture n’est pas foncièrement différente de ces autres petits livres « fables ». Elle est brève et épurée, avec un choix précis des mots qui vont à l’essentiel.

    • Son style reste le même, court, facile à lire et très accessible.
      Mais elle réussit un sacré tour de mains. Pour moi, ce livre se démarque sans aucun doute des autres.

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