14 – Jean Echenoz

Echenoz - 14 - Editions de minuit Coup de coeur !

14 est un titre de roman assez emblématique. S’agit-il de l’histoire d’un dîner à 14 convives ? De l’âge du personnage principal ? Cela aurait pu, car Anthime parait déjà bien trop jeune pour partir à la guerre. 14 cache un titre bien plus évident, un livre sur la première guerre mondiale, sur la guerre de 14-18.

De nombreux livres ont bien sûr déjà été écrits, et cette guerre a déjà tellement été racontée que l’on peut se demander s’il est possible de trouver un angle qui gardera un intérêt, une originalité nouvelle dans un ouvrage de fiction. La réponse est sans aucun doute « oui », et c’est toute la force de 14 de Jean Echenoz.

L’histoire va paraître futile et légère pendant quelques instants. Le lecteur va faire la connaissance d’Anthime, qui se promène sur son vélo. Il fait beau, c’est un samedi, le premier jour du mois d’août, l’esprit est à la détente, à la flânerie. Un bruit nouveau va tirer Anthime de sa rêverie, un bruit inhabituel. Le Tocsin. Car nous sommes le 1er août 1914, et c’est le 1er août 1914 qu’à 16 heures, toutes les églises de France ont fait sonner le tocsin marquant le début de la guerre et la mobilisation générale.

Les habitants vont sortir de leur maison, se regrouper, une certaine euphorie va s’élever. « C’est l’affaire de quinze jours tout au plus » dira Charles, mais nous savons que cette guerre durera plus de quatre ans. Des retrouvailles à la caserne aux jours suivants, les évènements se précipitent, deviennent plus sérieux, et la futilité n’est bientôt plus de mise.

Anthime, Charles et d’autres, vont se retrouver dans les Ardennes, perdus. Ils ne sont pas préparés aux marches forcées pendant de longues heures, avec les premiers hommes qui tombent de fatigue, de soif. Ils n’ont jamais vu des hommes mourir, amputés, souffrir à hurler. Parallèlement, Blanche attend un enfant. Une naissance pour combien de morts ?

Une des grandes forces de 14 est de mettre le lecteur à la place d’Anthime, ou de l’un de ses jeunes hommes surpris et dépassés par les événements. Au début, le lecteur a l’impression de suivre un visiteur du dimanche allant à la guerre, voire à la fête foraine. Ce n’est pas si terrible, cela ne se passe pas si mal. Puis, la naïveté du propos se perd et le style évolue, en même temps que la guerre devient une réalité : les mots deviennent de moins en moins légers, les phrases sont de plus en plus réalistes, de plus en plus dures, de plus en plus violentes. 14 est un livre d’une très grande force, c’est extrêmement prenant et bouleversant. S’il s’agit d’un petit livre en volume, il ne faut pas s’y tromper, c’est en réalité un très grand roman.

Les premières lignes de 14, de Jean Echenoz :

« Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. Ses projets : profiter du plein soleil d’août, prendre un peu d’exercice et l’air de la campagne, sans doute lire allongé dans l’herbe puisqu’il a fixé sur son engin, sous un sandow, un volume trop massif pour son porte-bagages en fil de fer. »

La présentation des Editions de Minuit :

« Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état. »

Jean ECHENOZ, 14
Parution : Octobre 2012 – Editions de Minuit

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